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Indépendance surveillée
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Guide de référence

Surveiller les liens de vos mandats et prouver votre indépendance

Un commissaire aux comptes ne perd pas un point de contrôle qualité parce qu’un lien existait. Il le perd parce que rien, au dossier, ne montre qu’il avait examiné ce lien le jour de l’acceptation. Ce guide décrit le périmètre à cartographier, les quatre sources publiques qui le nourrissent, les familles d’incompatibilité à tester à chaque mouvement, et la forme que doit prendre la note pour tenir trois ans plus tard.

  • Mis a jour le
  • 9 minutes de lecture
  • Jimenez Julien

Ce que le contrôle qualité vous reproche, et ce qu’il ne vous reproche pas

Le contrôleur qui ouvre votre dossier ne cherche pas une situation parfaite. Il cherche une trace. Sur trois mandats tirés au sort, il demande la note d’acceptation, la date de sa signature, les liens qui avaient été examinés et le motif écrit de la conclusion. Un lien existant et documenté se discute. Un lien existant et absent du dossier ne se discute pas : il devient une carence, parce que rien ne prouve que le raisonnement a eu lieu avant la signature.

La conséquence est inconfortable pour des professionnels qui raisonnent juste. Vous savez très bien pourquoi vous avez accepté ce mandat il y a trois ans, et cette mémoire ne vaut rien devant le programme de travail. Une conclusion sans dossier vaut, à ce moment précis, une absence de conclusion. La question de l’indépendance cesse alors d’être une affaire de jugement pour devenir une affaire documentaire, ce qui est plutôt une bonne nouvelle : un problème documentaire se traite avec de la méthode.

Pourquoi une cartographie annuelle vieillit dès le lendemain

La cartographie des liens que vous remplissez chaque année est exacte le jour de sa signature. Elle commence à vieillir le lendemain. Elle repose sur deux hypothèses fragiles : que vos clients vous signalent spontanément les mouvements de capital, et que rien ne bouge entre deux campagnes. Or une prise de participation, une cession de parts ou un changement de gérant ne fait l’objet d’aucun appel à votre cabinet. Le client ne vous cache rien, il ne voit simplement pas le rapport avec votre mandat.

Les situations dangereuses naissent presque toujours de ce silence. Une entité que vous certifiez prend une participation dans une société dont votre cabinet d’expertise comptable tient la comptabilité. Un associé signataire entre au capital d’une filiale du groupe audité. Un client d’audit est racheté par un actionnaire déjà présent ailleurs dans votre portefeuille. Aucun de ces trois événements ne passera par une déclaration client, et tous les trois figurent dans une publication publique consultable gratuitement, souvent le jour même.

Le périmètre réel à cartographier, au-delà des mandats d’audit

Le périmètre utile n’est pas la liste de vos mandats d’audit légal. C’est l’ensemble des entités susceptibles de créer un lien avec l’un d’eux. Cela comprend les dossiers d’expertise comptable du cabinet auquel votre structure d’exercice est adossée, les sociétés détenues par les associés et par leurs proches déclarés, les holdings intermédiaires et les sociétés civiles immobilières patrimoniales. Une détention qui passe par une société patrimoniale reste une détention, et c’est souvent par là qu’arrive le risque d’auto révision.

C’est le croisement qui pose problème, pas chaque liste prise séparément. Quarante mandats d’audit, deux cents dossiers d’expertise comptable et une quinzaine de sociétés d’associés forment plusieurs milliers de couples possibles, à réexaminer à chaque mouvement. Aucune structure ne fait ce travail à la main, et personne ne le lui demande. Ce qu’on lui demande, c’est de savoir, le jour où le lien apparaît, qu’il vient d’apparaître, et de pouvoir en donner le chemin exact, entité par entité.

Les entités à rattacher au même graphe

  • Les mandats d’audit légal signés par la structure d’exercice
  • Les dossiers d’expertise comptable du cabinet adossé
  • Les sociétés détenues par les associés et par leurs proches déclarés
  • Les holdings intermédiaires et les sociétés civiles immobilières patrimoniales
  • Les structures du réseau auquel votre cabinet est rattaché

Les quatre sources publiques, et ce que chacune apporte

Quatre sources publiques suffisent à construire un graphe utilisable, et elles sont gratuites. Le registre national des entreprises tenu par l’INPI donne les détentions de capital, les mandats sociaux et les bénéficiaires effectifs. La base Sirene de l’INSEE donne l’identification, les établissements et les cessations. Le BODACC publié par la DILA donne les modifications, les fusions et les ouvertures de procédure collective. Les comptes annuels déposés au greffe donnent les filiales et participations, quand ils ne sont pas placés sous confidentialité.

Aucune de ces sources n’est complète à elle seule, et c’est précisément pour cela qu’il faut les consolider dans un même graphe. Une confidentialité des comptes demandée par une petite entreprise crée un trou dans la chaîne de détention : le bon réflexe est de signaler ce trou dans la note, pas de faire comme s’il n’existait pas. Une publication officielle apporte aussi une date opposable, qui montre à partir de quand vous pouviez raisonnablement savoir.

Ce que chaque source donne

  • Registre national des entreprises : capital, dirigeants, bénéficiaires effectifs
  • Base Sirene : identification, établissements, cessations
  • BODACC : modifications, fusions, procédures collectives
  • Comptes déposés au greffe : filiales et participations, hors confidentialité

Les familles d’incompatibilité qu’un graphe doit tester

Détecter un lien ne sert à rien si l’on ne sait pas quelle règle il déclenche. Les textes applicables sont les articles L822-11 et suivants du code de commerce, le code de déontologie refondu par le décret n° 2020-292 du 21 mars 2020, et, pour les entités d’intérêt public, le règlement européen 537/2014. Traduits en tests, ils forment un petit nombre de familles que l’on peut vérifier mécaniquement à chaque mouvement détecté sur le graphe, sans rien préjuger de la conclusion.

Un test mécanique ne conclut pas. Il indique qu’une règle est susceptible de s’appliquer, cite l’article qui la fonde et donne le chemin du lien qui l’a déclenchée. La qualification reste la vôtre, et une bonne partie des alertes sera écartée en une ligne de motif : le lien est indirect et non significatif, la prestation relève d’une catégorie autorisée, l’entité est sortie du périmètre. Cette ligne de motif écrite est une pièce du dossier, pas une formalité administrative.

Les familles à tester à chaque mouvement

  • Auto révision : le cabinet contrôlerait son propre travail
  • Auto contrôle et liens croisés à l’intérieur du portefeuille
  • Services interdits rendus à l’entité auditée ou à son groupe
  • Intérêts financiers directs ou indirects des associés
  • Liens familiaux et fonctions déclarés par les collaborateurs
  • Liens portés par une autre structure du même réseau

Le plafond des services autres que la certification, exercice par exercice

Pour les entités d’intérêt public, le règlement européen 537/2014 plafonne à 70 pour cent les services autres que la certification, rapportés à la moyenne des honoraires d’audit des trois derniers exercices. Le calcul lui-même est une division. Ce qui fait débat en contrôle, ce n’est jamais la division : c’est le classement des prestations retenues au numérateur et la composition de la moyenne triennale au dénominateur, exercice par exercice. Un tableur annuel ne montre ni l’un ni l’autre six mois plus tard.

La bonne pratique consiste donc à recalculer le rapport à chaque facturation enregistrée, et surtout à conserver le détail des lignes retenues et des lignes écartées. Vous saurez ainsi, avant d’accepter une mission complémentaire, quelle marge il reste sur l’exercice en cours. C’est un arbitrage commercial autant que déontologique : une prestation refusée en janvier vaut mieux qu’un dépassement constaté en décembre, quand la facture est émise et que la mission est déjà exécutée.

Durée des mandats, rotation des signataires et délai de viduité

Les durées se suivent aussi mal que les liens, pour la même raison : rien ne les rappelle avant l’assemblée. Terme des mandats de six exercices, terme des mandats d’audit légal petites entreprises de trois exercices issus de la loi PACTE, ancienneté de l’associé signataire, délai de viduité avant une nouvelle mission chez la même entité. Les textes de référence sont les articles L823-3 et L822-14 du code de commerce et l’article 17 du règlement européen 537/2014.

Une échéance qui arrive sans préavis coûte deux choses : une renomination mal préparée et, parfois, une rotation de signataire décidée dans l’urgence à quelques semaines de la clôture. Le geste utile tient en une ligne d’agenda, posée six mois avant chaque terme. Il vaut surtout pour les mandats de trois exercices, qui sont ceux que l’on oublie le plus souvent, précisément parce qu’ils ne suivent pas le rythme de six ans auquel le cabinet est habitué.

Ce qui n’est pas public : la campagne annuelle de déclaration

Une partie du risque n’est pas publique et ne le sera jamais. Les titres détenus par un collaborateur, les fonctions exercées à titre personnel, les liens familiaux avec un dirigeant d’une entité auditée ne figurent dans aucun registre. Ils se déclarent. La campagne annuelle de déclaration d’indépendance existe pour cela, et elle échoue souvent pour la même raison : partie en février et relancée à la main, elle se termine en juin sans que personne sache qui n’a pas répondu.

Deux corrections suffisent. La première est le suivi : une campagne envoyée en un clic, relancée automatiquement à sept et à quatorze jours, avec un état des réponses consultable à tout moment. La seconde est plus intéressante : une fois déclaré, un titre détenu par un collaborateur devient un nœud surveillé comme un autre, au lieu de rester une case cochée dans un classeur. Une situation familiale ne se reconstitue jamais à partir de sources publiques : ce qui n’est pas déclaré n’est pas deviné.

La note motivée, le registre des alertes écartées, et la limite de l’outil

La note d’acceptation ou de maintien est la seule pièce que le contrôleur ouvre à coup sûr, et souvent la seule qu’il lit deux fois. Elle doit répondre à une question simple : ce que vous saviez, et ce que vous avez conclu, à la date où vous avez signé. Cela suppose un instantané des liens à cette date précise, joint à la note, et non une reconstitution faite après coup, qui aura toujours l’air de ce qu’elle est.

L’autre pièce, celle qui manque le plus souvent, est le registre des alertes écartées. Une alerte jugée non pertinente ne doit pas disparaître : conservée avec son motif, son auteur et son heure, elle prouve que vous aviez vu le lien et que vous l’aviez traité. Reste une limite qu’aucun logiciel ne franchit. Cloisonia rassemble les faits publics, applique la règle citée avec sa source, et documente la décision sans jamais la prendre à la place du professionnel.

Ce que la note doit contenir

  • La question posée et la date exacte de la décision
  • Les entités examinées et le chemin du lien, niveau par niveau
  • Les règles testées, avec leur article de référence
  • Votre motivation écrite et l’identité du signataire
  • L’instantané du graphe à la date, joint à la note

Les neuf enquetes du magazine

Comparatifs

Questions frequentes

Par quoi commencer si le portefeuille n’a jamais été cartographié ?
Par les SIREN des mandats d’audit légal, puis par les dossiers d’expertise comptable et les sociétés des associés. Le chargement prend une demi-journée si la liste est propre, la construction du graphe et le premier passage des règles se font dans les quarante-huit heures. Le travail réel commence ensuite, avec la revue des alertes historiques, généralement entre quinze et quarante pour un portefeuille de cinquante mandats.
Que faire d’une alerte qui ne mérite manifestement rien ?
L’écarter, en une ligne, et garder cette ligne. Le motif écrit, l’auteur et l’heure sont conservés dans un registre exportable. C’est souvent la pièce qui manque au contrôle qualité : elle montre que le lien a été vu et traité, et non ignoré. Une alerte supprimée sans motif fait le même effet qu’une alerte jamais reçue.
La surveillance des sources publiques remplace-t-elle le questionnaire client ?
Non, elle le complète. Les publications officielles donnent les détentions, les dirigeants et les procédures, avec une date opposable. Elles ne donnent ni les liens familiaux, ni les titres détenus à titre personnel par vos collaborateurs, ni les projets en cours de négociation. Le questionnaire et la campagne interne restent la source de ces éléments, qui deviennent ensuite des nœuds surveillés dans le graphe.
Un lien détecté oblige-t-il à démissionner du mandat ?
Rarement, et jamais mécaniquement. La détection ouvre une analyse : nature du lien, niveau de détention, caractère direct ou indirect, prestations concernées, date d’apparition. Les issues vont de l’écartement motivé au maintien avec mesures documentées, jusqu’à la démission quand la situation entre dans un cas interdit. Ce qui compte, dans les trois cas, est que le raisonnement soit écrit et daté au moment où il a été tenu.
Comment préparer l’extraction remise au contrôle qualité périodique ?
En rassemblant quatre pièces : les notes d’acceptation et de maintien horodatées, l’instantané du graphe joint à chacune, le registre des alertes écartées avec leur motif, et le détail des honoraires retenus pour le plafond triennal. Là où cette préparation prend habituellement quatre à six jours de reconstitution, elle se réduit à un export daté quand chaque décision a été tracée le jour même.

Les ressources d’indépendance de Cloisonia

Si votre structure d’exercice signe plus de vingt mandats et travaille aux côtés d’un cabinet d’expertise comptable, dites-nous combien d’entités seraient à rattacher au graphe. Nous répondons avec une estimation du périmètre avant toute démonstration, et Cloisonia documente la décision sans jamais la prendre à votre place.